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21.05.2016 - sam. : 09'03 - Mise à jour 21.05.2016 - sam. : 09'03

La fermeture du camp de réfugiés de Dadaab, le grand bluff kényan?

Nairobi, (AFP) - Jugée improbable d'un point de vue logistique et juridique, la fermeture annoncée du plus grand camp de réfugiés au monde, au Kenya, semble avant tout être un moyen pour Nairobi de monnayer son hospitalité et de gonfler son bilan sécuritaire en vue de la présidentielle de 2017, estiment analystes et ONG.

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Le camp de Dadaab accueille près de 350.000 réfugiés, dont une écrasante majorité de Somaliens ayant fui la guerre et que le gouvernement kényan a promis de renvoyer chez eux.
               "Je ne pense pas qu'ils fermeront le camp", assure à l'AFP Anne Hammerstad, chercheuse pour l'Université de Kent (Royaume-Uni) et spécialiste des questions liées aux réfugiés. "Cela risque d'entraîner une crise humanitaire colossale, et renvoyer les réfugiés somaliens implique de violer des conventions internationales".
               D'autant que le Kenya avait déjà menacé à deux reprises de fermer Dadaab. Vendredi, un ambassadeur du Conseil de sécurité de l'ONU, en déplacement à Nairobi, a dit avoir reçu du président Uhuru Kenyatta l'assurance que le Kenya remplirait ses "obligations internationales".
               Le gouvernement kényan a annoncé le 6 mai sa décision de fermer Dadaab, assurant, sans en fournir la preuve jusqu'à présent, que c'est là qu'avaient été planifiées les attaques des islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate, en 2013, et l'université de Garissa, en 2015.
               Nairobi a également évoqué "les coûts" d'un tel camp, malgré le fait que la communauté internationale, via le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), assure la plupart des dépenses.
               La décision a été qualifiée de "très préoccupante" par le HCR, qui a toutefois reconnu le "rôle extraordinaire depuis de nombreuses années" joué par le Kenya dans l'accueil des réfugiés. Le pays en abrite actuellement environ 600.000.
               Victor Nyamori, de l'ONG Amnesty International, dit être "totalement contre" le renvoi des Somaliens, mais "dans un sens, nous sommes d'accord avec le Kenya pour dire que la communauté internationale ne remplit pas suffisamment son rôle".
               
               
               "Le timing de l'annonce n'est probablement pas anodin", note un diplomate occidental, suggérant que Nairobi place ses pions en amont de certaines échéances.
               La décision kényane a été annoncée à l'approche d'un Sommet humanitaire mondial inédit qui s'ouvre lundi à Istanbul, de la visite prochaine au Kenya du Haut Commissaire de l'ONU aux réfugiés et de l'expiration, en septembre, d'un accord sur les réfugiés somaliens conclu entre Nairobi, Mogadiscio et le HCR en 2013.
               A l'heure où l'attention humanitaire se porte surtout sur la crise migratoire en Europe et où le Kenya est mécontent de la lenteur des rapatriements volontaires vers la Somalie prévus par l'accord de 2013, l'annonce est un moyen pour le Kenya de se repositionner dans l'agenda international.
               "Le Kenya veut obtenir plus d'argent, pour l'accueil des réfugiés, pour que des écoles et des routes soient construites dans le nord-est du pays, pour renforcer la sécurité autour des camps", énumère Ben Lawrence, auteur du livre "City of Thorns" qui raconte la vie de réfugiés à Dadaab.
               La dernière fois que le Kenya a menacé de fermer Dadaab, en avril 2015, rappelle-t-il, les Etats-Unis ont promis 45 millions de dollars.
               
               
               "Le Kenya prend certainement la Turquie en exemple", fait valoir M. Lawrence, en référence à l'accord conclu en mars entre Ankara et l'Union européenne sur le renvoi en Turquie de migrants entrés en Grèce moyennant, entre autres, un financement supplémentaire de 3 milliards d'euros pour l'accueil de réfugiés syriens.
               "L'accord entre l'UE et la Turquie a créé un dangereux précédent", renchérit Mme Hammerstad: "On n'accueille pas des réfugiés parce que c'est juste, mais parce qu'on va vous payer pour".
               Derrière la décision kényane se cache aussi "un but politique beaucoup plus cynique", estime Cedric Barnes, spécialiste de la Corne de l'Afrique pour l'ONG International Crisis Group. A l'approche de la présidentielle d'août 2017, le gouvernement "veut montrer qu'il prend des mesures au niveau de la sécurité, un des gros points faibles du mandat du président Kenyatta".
               Pour M. Lawrence, "c'est un schéma connu de la politique kényane : prenez une communauté, accusez-la des pires maux et unissez tout le monde grâce à ces accusations".

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