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06.03.2018 - mar. : 17'03 - Mise à jour 06.03.2018 - mar. : 17'03

Burundi: Médiation infructueuse de Michel Kafando - Même Dieu aurait échoué !

Bujumbura - A l'appel du maire de Bujumbura, des milliers de personnes ont manifesté le 10 février dernier dans la capitale, contre le récent rapport du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, sur la situation au Burundi, lit-on sur allafrica.

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Ce rapport est très critique envers la volonté des autorités du pays, d'amender la Constitution pour permettre à l'autocrate burundais, Pierre Nkurunziza, de briguer un quatrième mandat. Dans la colère des manifestants, l'envoyé spécial de l'ONU, Michel Kafando, en a pris pour son grade, des pancartes dénonçant son « travail sans valeur ».

Le diplomate de carrière est accusé de « travailler dans l'intérêt de certains pays européens », allusion faite principalement à la Belgique, l'ancienne puissance coloniale et principale pourvoyeuse d'aide au Burundi.

Après donc les infructueuses médiations de l'Algérien Saïd Djinnit, du Sénégalais Abdoulaye Bathily, quel sera le sort de Michel Kafando ? Achèvera-t-il de passer sous les fourches caudines d'un pouvoir qui n'entend reculer devant rien pour servir au peuple burundais, le plat indigeste de l'infamie ?

En tout cas, la récusation dont il est aujourd'hui l'objet, n'augure rien de bon pour l'avenir de la médiation. Mais à dire vrai, les déboires de Michel Kafando étaient prévisibles.

Car, on a beau être une fine lame de la diplomatie, toute mission de ce genre s'annonce forcément périlleuse, voire impossible quand il est question de rapprocher deux positions inconciliables : l'obstination d'un pouvoir invariablement dans le déni et qui, jouant sa survie, est prêt à tous les excès et crimes pour se maintenir, et l'aspiration d'un peuple à rompre avec la tyrannie pour s'engager résolument sur la voie de la démocratie.

En vérité, même Dieu aurait échoué dans cette mission titanesque au Burundi ! On ne voit pas comment il pourrait ramener la brebis égarée qu'est le pasteur Nkurunziza, dans l'enclos.

Michel Kafando peut être sûr d'être sur la bonne voie

C'est pourquoi Michel Kafando ne devrait pas rougir de ce qui se déroule en ce moment sous ses yeux, qui a tendance à saper son action sur le terrain. Bien au contraire.

S'il est perçu, en haut lieu, comme un empêcheur de régner en rond, c'est la preuve qu'il est un médiateur crédible et redoutable qui n'a pas débarqué à Bujumbura pour mettre son action au service d'un camp, en particulier celui des puissants du moment. Il peut être fier qu'on ne l'accuse pas de travailler à faire plaisir au pouvoir de Bujumbura, encore moins à l'opposition.

Qu'il soit taxé par le pouvoir burundais, d'être de collusion avec la Belgique, peu importe ; tant qu'il aura le sentiment d'agir en vérité et en conscience tout en s'attachant à l'intérêt général plutôt qu'à celui individuel et égoïste d'un Nkurunziza, Michel Kafando peut être sûr d'être sur la bonne voie.

Le reste n'est que gesticulations sur fond de railleries et de fuites en avant d'un pouvoir qui s'emploie à l'écarter. Mais jusqu'à quand tiendra-t-il le coup face à cette lame de fond qui menace de plus en plus de l'emporter ?

Le pouvoir burundais qui, dès l'arrivée de l'ancien fonctionnaire international à Bujumbura, l'avait mis dans une position inconfortable en le « mettant en garde », finira-t-il pas obtenir son scalp ?

En diplomate chevronné et ayant certainement appris à subodorer les crocs-en jambe et autres chausse-trappes et à les déjouer, l'ancien président de la Transition au Burkina Faso, saura certainement éviter d'offrir ce plaisir à ses nombreux détracteurs qui rêvent de le voir aller à Canossa.

Pour cela, il faut espérer qu'il fasse preuve d'anticipation et de clairvoyance pour se donner toutes les chances de sortir du bourbier burundais la tête haute, même si cela doit passer par la case démission.

Balises África  

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