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09.02.2018 - ven. : 15'43 - Mise à jour 09.02.2018 - ven. : 15'43

Brésil: Coup d'envoi d'un carnaval de Rio contestataire

Rio de Janeiro(AFP) - Au-delà des plumes et des paillettes, le coup d'envoi du Carnaval de Rio de Janeiro va être donné vendredi sous le signe de la contestation, avec des critiques acerbes envers le maire évangélique Marcelo Crivella et la corruption généralisée qui mine le Brésil.

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               L'ouverture officielle aura lieu lors de la traditionnelle remise des clés de la ville au Roi Momo, monarque obèse et jovial qui symbolise l'exubérance sensuelle d'une des plus grandes fêtes populaires de la planète.
               Flanqué de sublimes danseuses peu vêtues et coiffées de plumes, Momo doit régner sur Rio jusqu'au mercredi des Cendres, le carnaval ayant pour point culminant le célèbre défilé des écoles de samba, dimanche et lundi soir.
               Pas vraiment la tasse de thé de M. Crivella, pasteur de l'Église universelle du règne de Dieu, accusé d'être moralisateur par ses détracteurs.
               L'an dernier, l'édile avait commis une sorte de crime de lèse-majesté en boudant cette cérémonie, quelques semaines à peine après sa prise de fonctions.
               Il était même devenu le premier maire à ne pas assister aux défilés au sambodrome depuis l'inauguration de ce stade en forme d'avenue entourée de gradins, en 1984.
               Cette année, les critiques vont fuser quoi qu'il arrive, même s'il décide de faire honneur au roi Momo.
               
               
               Avec humour et créativité, les messages politiques transparaissent aussi bien sur les déguisements des fêtards du carnaval de rue que sur les chars monumentaux des écoles de samba, qui ont dû préparer leurs défilés avec moitié moins de subventions municipales cette année.
               Des coupes budgétaires justifiées par l'état des comptes publics de la "Ville merveilleuse". Mais pour de nombreux cariocas, nom donné aux habitants de Rio, la crise a bon dos alors que l'afflux massif de touristes devrait injecter environ près d'un milliard d'euros dans l'économie.
               Samedi dernier, de nombreux tee-shirts avec le message "Crivella dehors!" avaient déjà été vus lors du cortège "Simpatia é quase amor" ("La sympathie, c'est presque de l'amour"), qui a attiré des dizaines de milliers de fêtards déguisés sur la célèbre plage d'Ipanema.
               La colère de la rue trouvera un écho au sambodrome, notamment auprès de Mangueira, une des écoles de samba les plus traditionnelles, qui défilera sur le thème: "Avec ou sans argent, je profite du carnaval".
               "Pour la doctrine évangélique, le carnaval, c'est la fête du diable. Un croyant peut penser ça, mais pas le maire de Rio", a affirmé à l'AFP Leandro Vieira, directeur artistique de Mangueira.
               M. Crivella a répondu aux critiques, à sa manière. "Je veux que le carnaval soit joyeux. Si les gens veulent critiquer le maire, pas de problème. Mais il ne faut pas boire et conduire à grande vitesse. Ni se bagarrer. C'est ça qui gâche le carnaval".
               
               
               Hormis la frilosité du maire envers les festivités, les Brésiliens ne manquent pas de sujets de moquerie pour ce carnaval au ton revendicatif.
               L'école de samba "Beija Flor" a par exemple choisi le thème de Frankenstein pour faire passer l'idée que le Brésil est victime des attaques "monstre" de la corruption et de l'intolérance. Un énorme char à l'effigie d'un rat doit représenter les hommes politiques véreux.
               Un autre char effrayant, à l'effigie d'un vampire, doit clore le défilé de Paraiso do Tuiti, une allusion au président conservateur Michel Temer, lui aussi accusé de corruption et dont la cote de popularité est au ras des pâquerettes.
               Les organisateurs ont renforcé les normes de sécurité pour éviter que la fête ne soit gâchée comme l'an dernier par des accidents.
               Un conducteur avait perdu le contrôle de son char, qui avait percuté une tribune, tuant une journaliste. Le toit d'un autre char avait cédé sous le poids des danseurs, faisant de nombreux blessés.
               Le maire Crivella a promis de se rendre au sambodrome, non pas pour danser, mais pour vérifier la solidité des infrastructures. Il a aussi annoncé que les conducteurs devraient subir pour la première fois des éthylotests avant les défilés.

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